Il neige. Quelques mouettes vrillent au-dessus de la rivière gelée, tournoient comme des serpes au-dessus de l'eau grise et glacée. C'est l'hiver et son cortège de froidure et de joie.
Entre deux rangées d'arbres, je crois voir le sentier glacé de ma destinée, les oiseaux bleus morts depuis longtemps figés sur les érables dénudés. Ma vie se déplie sur ce palimpseste gelé qui crisse sous mes pas.
Les grilles se ferment sur le corps nu de mon silence, sur le jour bleu comme la mer, fruit trop mûr sous la lumière. Le soleil gris y tisse sa toile d'araignée, son napperon de dentelle ouvragée.
Fouillis d'arbres, enchevêtrement de leurs branches silencieuses. Même les sapins verdoyants se fanent, se frottent à la cîme du ciel, et se heurteront le soir à la braise de son couchant.
Hier soir, ma nuit d'ombre a été longue, sombre encore, tout juste éclaircie par un croissant de lune, encensoir d'or ou voile marine sur la mer noire.
Un ange prisonnier dans sa roche de grès rose m'implore de ses yeux, éplorés de tristesse, de venir le délivrer. Impitoyable geôlière, je le laisse empêtré dans sa pierre, tout à son immobilité.
Luminaire comme un candélabre d'acier et de verre ornementé qui surplombe la Seine et le monde. Sous sa lumière blonde, Paris est si beau en ses heures d'hiver.
À l'aube, je bois mon café noir. Son liseré d'écume dessine une dentelle sur la mer sombre comme le soir. A la pointe du jour, j'en hume l'arôme corsé, son parfum d'enfance oublié.
Ta nudité révère le ciel bientôt percé d'étoiles. Elle troue le jour incarné, marin par endroits. Tes branches noueuses : jambes d'une femme que le soleil aurait brûlées, festonnées de braises, celles de l'âtre de ton corps incendiaire.