Les lumières de la ville éclaboussent l'eau miroir qui se dilue dans l'or de leurs torches encensoirs. Le ciel bleu s'assombrit d'un dégradé de mers, de soie sauvage où les corbeaux crient et croassent dans la nuit noire.
Soleil bas de novembre, tu t'enroules sur les toits des maisons, les frondaisons des arbres, les nuées de nacre d'un ciel cuivré d'automne qui ne dit pas son nom, mais crie sa rougeoyance au delà du jour blet, du soir nu qui s'annonce.
J'écris sur mon cahier comme j'esquisse un dessin à l'encre de Chine. La nuit s'efface, le jour rougeoie sur mon carnet de fortune,, et avec mon café refroidi, je trace des lettres comme les restes d'un monde émietté qui me sert d'écritoire.
La lassitude de ton visage envoûté de tristesse se lit dans tes yeux bleus plus profonds que la mer. Et dans tes prunelles, je cherche l'évanescence de ton regard blessé, je cherche mon paradis perdu comme une bouée percée échouée sur le sable.
Dans le bleu d'acier de tes yeux fatigués, passent les images de ta vie faite de labeurs et de larmes, de peines contenues, de rêves déçus mais aussi d'éclats de joie éphémères, d'amours creusés, sur ton cœur, à jamais incrustés.
Dans la pluie déhiscente de mon soir bleui, je recherche l'écho de mon silence enfoui. J'écoute sa résonance presqu'infinie, son chuchotement inouï à l'approche de ma nuit.
Sur mon chemin, j'ai découvert un arbre peint à l'encre de Chine qui s'imprimait noir sur la toile d'or du ciel sur sa surface moirée, incandescente, cuivrée.
L'homme rêve devant son café, comme devant le miroir de son âme. Il fait semblant de lire son journal, songe et divague sur son passé. Il attend une dame qui ne vient pas Et les yeux embués de larmes, se console en étouffant sa flamme.