Pourquoi ce regard courroucé, ténébreux, cette rage qui est la tienne, lorsque l'ombre de tes yeux trace un halo de candeur ou d'éternité sur le fil infini de ton insigne destinée ?
Ta soie mauve se fond dans les Interstices de lumière que quadrille un soleil brûlant et blond. Ta robe parme se pâme de langueur végétale. Ta tige secrète, presqu'impalpable, m'éblouit comme la lumière de ton âme ineffable.
Imprimées sur le canevas de l'azur, vous peignez mon ciel interieur de petites volutes blanches. Objets coruscants de mon rêve, il me semble vous toucher de ma main teintée de couchant, pour vous atteindre dans mon ultime recueillement.
Accroché au mur d'un immeuble, tu m'éblouis de ta clarté nouvelle, boussole de lumière qui m'indique le sud et son midi velouté. Volupté de ton corps de verre surmonté de créneaux d'acier, ornementés comme l'aube de cette âpre journée.
Rose aux pétales tumescents de rosée, tu déploies ta soie froissée de soleil, comme des restes d'aube accrochée aux cimaises du ciel, à l'éternité de ton désir, déhiscent, infini.
Copeaux de bois, vous recueillez la lumière du jour, les restes d'un soleil volatil qui lustre vos miettes grège ou bien sépia, ou bien couleur de sable, comme l'aubier de l'arbre et sa résine qui ont le doux parfum de votre nostalgie.
Ta hampe violette, boursouflée de sève, s'étire dans le ciel infini. Tes pétales, perles précieuses, améthystes friables, s'égrènent comme les bribes pulvérisées d'un chapelet de soie.
Fleur ouverte comme le calice rouge du ciel qui s'entrouvre à l'approche du couchant, tes pétales pourpres autrefois raides et clos, maintenant déhiscents, s'étirent, frêles et fougueux, dans la clameur douce de ce soir de printemps.
Ta source ne se tarit jamais et ton jet d'eau trace une courbe ascendante qu'arrose un soleil bleu avant de redescendre comme un jet d'écume indompté. Ton reflet tremblé dans le ciel solitaire est un mirage sous la chaleur de l'été.
Le ciel rose infini se raie de soir et les lampes de la rue colorent d'or, comme un orfèvre, le bitume quadrillé d'ombre. Mais il se fait tard avant que le noir ne vienne assombrir la voûte du ciel qui succombe à la nuit.