Lorsque je te contemple, le soleil irradie mes prunelles et ma vie défile à toute vitesse comme un film qui se déroule en noir et blanc ou parfois ambré dans le silence de ma mémoire, dans le silence trouble de mon passé.
Un arbre s'imprime sur ma nuit bientôt bleue comme le jour à venir. Sur le ciel, comme sur mon corps, s'inscrit un arbre noirci comme les lignes de ma vie sur ma main flétrie, comme les les bribes de mon passé obscurci.
Sur le chemin de mon errance, j'ai découvert des maisons de guingois. Elles penchaient sous un ciel gris plein de silence, comme des châteaux hantés par l'enfance, comme les vestiges intimes de mon passé.
C'est un ciel chargé de silence qui me fait face et qui m'embrasse à l'horizon plombé de nuages de cendres et de pluie et de suie. C'est un ciel gris chargé de souvenances qui m'exhorte à l'errance, à la mélancolie.
Quelques arbres noirs s'impriment sur le ciel tels des flamants roses sur leur étang de sel. Et m'éblouit, comme en songe, cette belle clarté d'une journée d'été qui se prolonge dans l'espoir de son éternité.
J'ai erré le matin même à travers la lande bleue : longue contrée qui ressemble à la mer. J'ai marché le soir même à travers cette terre bleutée, brûlée et retournée comme on laboure un ciel.
Ce matin, j'ai vu le premier givre sur les feuilles d'automne, traces de frimas et de froid. Ce matin, mes doigts gourds se sont durcis à l'approche des corbeaux croassant, dans le silence croissant de ce jour blanc de décembre évanescent.
Aujourd'hui, il pleut comme un dimanche d'automne triste, un dimanche gris à la lisière de novembre et de décembre. Les tramways sont prêts à rouler Le ciel s'ouvre infini sous la béance d'un ciel de cendre et de suie.