Je marchais le long de la rivière bleue et le ciel entrait entre les arbres. le soleil blond, halo de lumière, m'éblouissait comme une boule de feu, un phare d'or sur la mer, un mirage à ciel ouvert.
Regard de charbon noir au coeur d'un visage de lumière, au sein de ses joues enflammées qui en disent long sur sa félicité, son espoir empourpré sur ses rêves intacts, sa jeunesse, sa folie, sa fougue effarée.
Je marche dans l'infini rouge de l'aurore, dans la fragrance sucrée des roses volatiles qui plient, s'éparpillent, poudroient dans l'air bleuté de ce jour d'hiver effaré, comme une rose des sables friable, chiffonnée comme ma solitude égarée.
La nuit est venue me border aux confins du jour tendre et velouté. Le ciel, encore rose s'est assombri de pénombre et m'a ensevelie d'or sombre. J'ai fermé mes yeux sans paupières et j'ai rêvé les prunelles grandes ouvertes, éprises de clarté.
Nous sommes en février et déjà j'aperçois les premiers bourgeons de l'année, les grains gonflés et turgescents, qui donneront des fleurs frêles écarquillées, éclosent comme les fruits mûrs de mon prochain été.
Esquisse tracée sur un cahier d'écolier, de ma main fébrile, mes yeux écarquillés. C'est un visage de femme, tracé à l'encre bleue saupoudré de soleil, pulvérisé du feu de mes reves éventrés de madone aimante qui m'aurait consolée.
Un chat tigré orange regarde à travers la fenêtre d'une maison aussi blanche que mon ciel de lait. Il regarde loin, très loin. Ses vibrisses aux aguets en disent long sur sa mélancolie, sa profonde nostalgie.
Sous l'aurore blonde, les toits gris de Paris apparaissent ignés, et dans l'âtre rouge de leur cheminée, sortent les flammes de leur aube passée, comme un soleil en sang, dans le ciel incendiaire d'un jour de février.