Je regarde la rue vide s'émouvoir, comme on regarde les champs de tournesols, ces mille soleils qui cuisent à l'aube ou au couchant, à travers les vitres du train teintées d'espérance malgré le froid.
Un visage me regarde intense dans le blanc cassé de ses yeux. Il repense à son enfance, à ses vieux jours heureux. Il était et reste encore ce gamin rêveur, cette étoile filante, cette comète fulgurante, nostalgique à ses heures.
À la maison, toute la journée, je lis mon journal, sirote des cafés, Je lis des histoires à dormir debout, des contes de fée. Je déclame des poésies à mon auditoire clairsemé. Même confiné, je mange, je pleure, je ris à satiété.
Dans la solitude d'un jour de mars, un arbre nu me hèle. Il s'imprime sur le ciel comme une araignée dans le noir. Il surgit de la terre : soleil levant sur la mer. Et ses branches, comme des étoiles, crient leur espoir dans le jour blanc.
La ville bouge comme un funiculaire, une marionnette suspendue. Les arbres nus et les maisons pendent comme du linge au balcon. Et moi je m'avance dans ce labyrinthe, cette toile d'araignée à ciel ouvert où je plonge téméraire à tête nue.
Sur ma feuille, je trace au scalpel le portrait d'un homme au chapeau. Ses yeux me dévisagent comme deux billes qui roulent au creux de son regard. Avec ma plume, je peaufine son expression d'humanité, sa mélancolie, son rêve d'éternité.
Chaque brindille s'imprime sur l'obsolescence de mon ciel, telle une araignée d'eau qui clopine sur le ruisseau. L' on dirait un graphe qui s'incline au levant, un éventail de soie, de dentelle noire sur la toile ivoire de ton hiver errant.
Sous un soleil d'ambre, des arbres se déploient, s'impriment en filigrane sur un ciel pourpre de silence et de soie. C'est l'aube et son cortège de lueurs, de cris d'oiseaux saluant le jour bleu et sa joie.