Une chaise attend que le soir sombre plonge dans l'ombre du noir nocturne. Elle attend solitaire que le gris du ciel s'assoit sur son trône d'acier qui ressemble au vif-argent de la lune. Elle attend de s'unir à la nuit.
Un arbre s'imprime sur un ciel bleu comme sur la pellicule d'un film en noir et blanc, comme la rétrospective d'une vie d'enfance que ravivent ces instants où l'arbre s'est élancé entre deux eaux : le présent, le passé, éternellement.
Dans le jour bleu, trois candélabres attendent que le soleil se niche au creux de leurs branches comme des torches encensoirs. Comme des bougeoirs qu'écorche l'or du ciel, leur bois glabre s'accroche à l'arc noir de leur lumière.
Une myriade de cygnes s'égaillent, s'envolent de l'eau grise où se reflète le vertige des soirs sombres, des soirs d'hiver et d'ombre. Les oiseaux cherchent en vain la neige de janvier qui n'est plus, cette poudre nacrée qui brille et fait rêver.
Le ciel se pare de nuées, d'or, de lapis lazuli. Le ciel est crénelé, troué d'ocelles et de lettres incurvées, comme un manuscrit éphémère, un morceau de mer ajouré, un livre ouvert baigné de lune un grimoire ouvragé.
Sur le ciel, un arbre comme une tapisserie qui s'imprime dans le silence du jour. Sur le ciel, un graphe comme peint à l'encre de Chine qui me fascine, comme épitaphe de la nuit feinte, comme inscription de mon destin.
Une lampe éclaire les soirs d'hiver comme une lueur dans la pénombre, comme un bijou d'adieu au jour, un abat-jour couve le feu de sa lampe d'or, comme météore dans la nuit bleue.
J'ai vu le ciel s'incruster d'or et émerger des cendres, presque rougeoyeant de braises du couchant. À l'horizon, j'ai vu mourir le jour et s'élever la nuit pleine du sang vif du soir où les arbres s'imprimaient dans son ciel encensoir.
La pluie pourfend le jour de ses gouttes d'eau blême, de sa frêle humidité. J'entends qu'elle tambourine à la porte de mon ciel, qu'elle m'appelle en sourdine comme un moineau malade que le jour gris incline.
Je me souviens du parc du Luxembourg, quand des châteaux de sable servaient de remparts à mes peurs, quand, roses encore, juste en face du Sénat, les voiliers de papier ricochant sur l'eau bleue, m'emplissaient de folle joie.