Un corbeau s'imprime noir sur le ciel blanc, ombre chinoise qui passe, s'abîme durant le jour, s'enfuit la nuit, renaît à l'aube grise sous l'emprise d'un soleil d'hiver, s'évanouit dans mon corps dans la fulgurance nue de ton regard.
Un arbre d'hiver s'imprime sur le ciel de mon silence. Il est sombre et nu sur le ciel blanc. Il a ce goût de l'insolence, ce parfum d'enfance que respirent les corbeaux sur sa cime et qui s'abîment dans l'immobilité froide de ce jour d'hiver.
Un arbre nu de décembre, s'imprime profond, sur un ciel gercé de suie et de givre et qui tremble comme tremblent les pâles frondaisons, les branches glabres de l'arbre qui percent les feuilles éphémères la froidure de l'hiver et sa rude morosité.
Je marche funambule sur le fil ténu de mon existence. L' enfance est loin, en préambule de ma vie que je contemple au crépuscule d'un jour d'hiver nu comme sont les arbres, comme le ciel pâle de décembre, comme le dernier râle d'un corbeau.
Je me promène le long d'un cours d'eau. Les arbres s'y reflètent comme dans un rêve, avant que ne s'achève la course du soleil en hiver, avant que ne se lève la lune blonde sur notre nuit qui inonde la terre.
À l'aube de l'hiver, des arbres s'inscrivent sur le ciel blanc comme des graphes à l'encre de Chine sur une feuille de papier Canson. Leurs branches noires et nues, tordues, presqu'ivres raient le ciel qui crisse au son des gelées de décembre à l'hor...
C'est l'hiver. Les arbres nus s'inscrivent en pointillés sur le ciel de mon silence, sur cet azur atrophié. Ils s'impriment comme des mots drus sur la page blanche de mon livre de vie sans cesse effacé, sans cesse effaré.
Un arbre nu comme un graphe sur une feuille blanchie de neige dans la nuée d'un ciel de silence, d'un azur brumeux de décembre. Un arbre nu dans le jour blanc, ivre, saupoudré de givre, de la braise du couchant, de la cendre surie du soir.