Feuille de soie d'or sur la surface bleue d'une mer de papier. Feuille d'automne ou frêle embarcation, tu t'effrites au contact de l'aube, au contact de l'ambre d'un ciel solitaire happé par la douce étrangeté de cette journée d'été.
Sur le mur, ombres errantes, je tente de vous capturer, fantômes fugitifs de feuilles qui frissonnent. Je tente de vous cueillir à pleines mains mais ne recueille que l'encre noire de votre nuit, peinte sur un mur en trompe- l'oeil.
Oiseaux d'acier, vous pourfendez les nuages de votre long cou sinueux de cigognes ou bien de grues cendrées. Et vous répondez en criant à l'appel de la mer, dont la rumeur gronde dans le bleu intense de votre ciel céruléen.
Tu brandis ton étendard dans le ciel bleu. Ta hampe, boursouflée de roses, s'agite comme un plumeau de soie, vibratile dans l'air d'avril, secouant tes rêves fous d'éternité.
Marcher sur les mots, sur leur solitude nue, les plier er replier pour qu'ils forment des morceaux de phrase, des vers parcheminés de lettres suspendus à leur sens multiples, à l'écritoire infini de leur secrète incantation.
Rose rouge dans un verre d'eau comme un nénuphar à l'air libre, ta robe de soie pourpre, saupoudrée de soleil, s'imbibe d'un jus d'orange sanguine, comme une voile de bateau sur la mer au couchant.
Avec ton cou gracile, vase d'argent renversé, tu cherches dans l'eau un trésor oublié depuis la nuit des temps, un poisson fossilisé sous la lueur de l'aurore et que le lac miroir reflète en même temps, que les vestiges de ton corps enneigé.
Fleur de lumière, tu m'éblouis, comme un luminaire d'or, comme le duvet jaune d'un poussin vibratile. Tu éclos à la face du ciel et tes pétales, devenus fruits de soie, s'envoleront comme poussières de soleil au vent.
Moineau sur ta brindille, tu écris sur le ciel à l'encre de Chine. Les branches d'arbre que tu traces sont les linéaments de mon ciel de silence. Ciel percé de ton chant haut perché, des tes ailes noires à contre- jour esquissées.
Tes pétales, ailes de colombe en partance, meurent sur une mer verte d'herbe promise au vacillement du vent, comme les vestiges d'un vol migratoire d'oiseaux libres, insouciants.